Le passage au numérique et la diffusion par Internet ont causé de profondes mutation dans le monde de la photo. La présence de millions d’images sur les sites de microstock et de photos en libre de droits, les sites de photos gratuites et les sites communautaires ont donné aux acheteurs éventuels la très mauvaise habitude de ne plus payer (ou des sommes dérisoires) pour les clichés dont ils ont besoin. Cette situation cause de grandes difficultés aux photographes et aux agences traditionnels. A 1 dollar la photo, il est impossible de vivre de ce métier ! Le référencement à joué un rôle non négligeable dans cette situation… et pourra éventuellement contribuer à la résoudre !
L’appel de l’agence BIOS
L’agence BIOS Photo et sa dirigeante Catherine Deulofeu ont récemment lancé un appel pour la photo équitable. Relayé sur des blogs et forums de photographes, cet appel a peu de chances d’être entendu par les principaux intéressés : les acheteurs. Ces derniers ont pris l’habitude de « se servir », trouvant sur Internet des millions de photos gratuites ou presque. Il n’ont aucun intérêt à changer leurs habitudes et se soucient à mon avis comme d’une guigne de la disparition des photographes professionnels.
La recherche de photos actuellement
Comment fonctionnent ces « acheteurs » ? Mettez vous un instant dans la peau d’un graphiste qui recherche un visuel pour un site web ou une campagne de pub. Il doit trouver une image répondant à ses besoins :
- Il doit trouver rapidement, via une recherche par mots clefs
- Les droits et possibilités d’utilisation de la photo doivent être clairement énoncés
- La photo doit être à un prix raisonnable pour ne pas faire hurler ses clients devant des frais d’achat d’art
- Il doit pouvoir récupérer une version basse def (éventuellement avec un watermark) pour l’insérer dans sa maquette et la soumettre à son client.
Partant de là, il va faire une recherche :
- Sur un moteur de recherche d’images (Google images)
OU - Sur un moteur de recherche classique
OU - Sur un site sur lequel il sait qu’il y a un stock important de photos, qu’il aura trouvé via une recherche sur des termes génériques, des social bookmarks, etc.
Dans tous les cas ci dessus, il y a peu de chances qu’il tombe sur des sites de photographes ou d’agences photo traditionnels.
Les faiblesses des sites de photographes et d’agences
Piqûre de rappel : il y a trois éléments indispensables pour le référencement efficace d’un site :
- Technique : le site doit être indexable par les moteurs, ses documents doivent être optimisés
- Contenus : le site doit avoir des contenus textes (les moteurs ne lisent pas les images)
- Linking : le site doit avoir un nombre correct de liens entrants
Les sites de photographes et les sites d’agences photo traditionnels ont des faiblesses conséquentes sur ces trois points.
- Les sites d’agences sont souvent basés sur un moteur de recherche interne. Résultat : ils ne donnent accès qu’à une petite partie des photos qu’ils renferment. Fotolia (un microstock) à 3 millions de pages dans Google, des agences comme BIOS ou Naturimages en ont quelques centaines !
- Les pages sont souvent peu optimisées et les pages intermédiaires (les plus importantes) ne le sont pas du tout
- Pour les sites de photographes, c’est généralement bien pire : interfaces esthétiques et mystérieuses, sites en frames, en Flash, absence totale de contenus, photos non nommées. Ils n’ont aucune chance de se positionner.
- Côté linking, même motif, même punition : quelques centaines ou milliers de liens pour des agences ou des sites de photographes, des centaines de milliers pour Fotolia et consorts
Quelles solutions ?
A lire ce qui précède, on peut se dire que le combat est perdu d’avance pour la photo traditionnelle. La seule solution pour les agences et les photographes traditionnels serait d’utiliser pleinement Internet et d’occupper le terrain des moteurs aux dépends des sites de microstock sur lesquels ils ont quand même des avantages.
- Utiliser pleinement les métadonnées (champs IPTC) dont ils disposent sur toutes leurs photos pour créer des sites indexables, optimisés avec des contenus destinés aux moteurs
- Favoriser au maximum l’accès par les moteurs de recherche d’images, en utilisant des photos watermarquées pour limiter le vol. Les microstocks ne le font pas systématiquement. Fotolia n’a pas d’images dans Google images à cause de sa plate forme technique.
- Pour les photographes : utiliser les sites communautaires (FlickR, Trekearth and co) comme levier pour acquérir du trafic et de la notoriété.
- Utiliser les capacités naturelles au link bait
- S’organiser en réseau en utilisant les affinités entre sites, les forums existants, etc… Le but est de créer des liens solides entre sites… au mieux avec des objectifs de positionnement
Une fois cela mis en place, les agences auront tout intérêt à aller directement repérer des talents sur les sites de microstock et les convaincre de venir chez elles. Ca ne devrait pas être très compliqué de faire comprendre qu’il est plus rentable de vendre 1 photo par mois en la facturant 250 € que d’en vendre 250 !
La tâche est immense tant les différences de performances sont grandes entre les « nouveaux » et les « traditionnels ». Une chose est claire : ces derniers ont tout intérêt à se réveiller… et vite.

Belle synthèse de la situation, la photographie fait parties des biens numérisables et donc facielement partageables sur le réseau, ce qui engendre de nouveaux échanges et dérégule le marché. J’ajouterai que la photo est aussi devenu ultra populaire aupres du grand public en partie grace à l’acces plus facile du numérique.
Excellente analyse que je vais relayer, sans nul doute, très prochainement
Il est juste dommage que certains acteurs historiques parmi les agences ne comptent que sur leur notoriété pour asseoir leur présence sur le web. Que de nouveaux clients perdus, et Dieu sait si les professionnels sont à la recherche d’images de qualité !…
Concernant les photographes, je mène pour ma part une guerre sans merci à toutes celles et ceux qui prônent le Flash et les galeries Javascript, dont on sait l’inefficacité à bien des niveaux (référencement évidemment, mais aussi accessibilité, expérience utilisateur souvent déficiente, incompatibilité partielle avec les anciens navigateurs, etc…)
Beaucoup de photographes ne croient visiblement pas au "pouvoir" du net pour trouver des acheteurs pros (revues, agences de communication, collectivités…) ; pour ma part, avec environ 250 images (toutes plutôt bien placées que ce soit dans les SERP ou dans Google Images) et 1600 à 1800 visiteurs/jour actuellement sur ma galerie j’arrive à lever plusieurs ventes chaque mois (4 ventes en 2 semaines, pour ne citer que les dernières… Et pas des ventes à 1€ !!!)
Le marché traditionnel sous-évalue le potentiel incroyable du web en matière de commerce B2B, et ça les microstocks l’ont bien compris et viennent évidemment bouffer sur les plates-bandes des agences et des photographes pros à grand renfort de dumping et surtout, sans respecter la législation en vigueur (mais ceci est un autre débat !)
Pour les sites en Flash / JS, je ne peux qu’abonder dans ton sens. Mais même des sites de photographes en HTML sont totalement inexploitables par les moteurs faute de pages individuelles pour les photos, de pages intermédiaires et surtout… de texte !
Je pense surtout que les photographes ne réfléchissent pas en amont aux buts qu’ils poursuivent avec leurs sites. Résultat : ils n’en atteignent aucun.
En tant que photojournaliste, mais aussi web developper et référenceur, je ne peux qu’abonder dans ton sens. Mais si les faiblesses actuelles sont là, c’est parce qu’il a fallu un temps d’adaptation et de compréhension de pas mal de choses qui étaient jusqu’ici complètement étrangères aux photographes (entre autres). Donc oui, ils ont du mal à identifier clairement les buts et les moyens d’y parvenir. Pour beaucoup, être visible sur le net, c’est simplement avir un site, et basta…
Les boîtes à images dont tu parles, comme Fotolia, n’ont rien à voir avec la photo à la base, mais sont plutôt des boîtes commerciales, et leurs services marketing étaient bien mieux formés que ne l’étaient les services des agences photos.
Mais les choses sont en train de changer, et plusieurs projets sont en route pour contrer tout ça. Dans le monde de l’édition en général (presse ou non), la réaction face aux atouts du net a mis très longtemps à émerger. C’est un monde assez hermétique aux évolutions technique je crois (c’est un constat, pas un reproche).
Par ailleurs, les boîtes à images surfent actuellement sur des vagues plus ou moins tendancieuses, et les problèmes juridiques commencent à leur faire pas mal d’ombre. Nombre de photos volées sur le net sont aujourd’hui à la fois facturées aux voleurs, mais surtout, la loi commence à faire siffler les oreilles des diffuseurs. En effets, ces derniers prévoient souvent dans leurs conditions générales qu’ils ne sont responsables en rien de l’utilisation faite des images. Or, cette condition est caduque de fait, puisqu’il nie des articles de loi essentiels au code de la propriété intellectuelle, et la responsabilité du diffuseur ne peut être détournée, même par une charte ou un contrat passé avec l’auteur… D’ailleurs, le petit guide du GESTE, intitulé Edition de contenus et de services en ligne – Mode d’emploi, explique très simplement ce problème, et fait un petit rappel aux fournisseurs de services en ligne (je vous le conseille, mais je crois qu’il est épuisé).
Enfin, concernant les graphistes et services iconographiques, il ne faut pas, dans la plupart des cas leur jeter la pierre, car le problème ne vient pas de leur pratique. En effet, la plupart des gens qui y travaillent (je parle des gens honnêtes et ayant une véritable démarche professionnelle, pas des charlatans et voleurs comme le site de Marianne 2 pour ne citer qu’eux) sont tout à fait conscient de l’importance d’une rémunération correcte du travail des photographes, garantie d’une future production de qualité. Par contre, ils subissent actuellement souvent des pressions terribles de la part des services financiers qui les gouvernent et sont obligés de taper dans de la mauvaise qualité à contre-coeur. Les iconos professonnels, les vrais, savent très bien ou chercher l’image qu’ils souhaitent. Malheureusement aujourd’hui, un bon travail d’icono ça se paie aussi, et les services financier préfèreront sous-payer des gens mal-formés et corvéables à merci, plutôt que produire un contenu de qualité… D’où l’importance aussi de revoir le référencement, pour que ces semi-pro, ou ces pros sous pression, puissent aussi tomber aux bons endroit. Donc tu as raison, mais ce n’est qu’une partie du problème, vaste s’il en est un…
On vient déjà d’aborder en partie les pratiques de Fotolia sur le forum du site Photojournalisme.fr ( http://www.photojournalisme.fr/F... ), et cela a été très positif. Une personne qui se servait de leur plateforme a bien compris que ce n’était pas une solution, et vient de gagner pas mal d’argent en suivant les conseils des utilisateurs.
Je pense qu’on va y discuter aussi du problème que tu soulèves.
Dans tous les cas, merci, très bonne analyse.
Julien / Photojournalisme.fr
PS : le captcha avec les chiffres fonctionne super mal, dix essais au moins avant de pouvoir poster le commentaire…
Merci de ce point très instructif. J’espère que les problèmes juridiques que tu évoques finiront effectivement par refaire surface et la loi par être appliquée.
Par ailleurs, les photographes ont tout intérêt à se réveiller rapidement. J’ai réussi à me positionner correctement face à des sites comme FlickR ou Trekearth avec mon site France in photos. C’était une exercice de référencement intéressant, mais ça m’a pris du temps. Sur des sujets plus généralistes, je pense qu’il est très difficile de se positionner, surtout du fait du nombre d’acteurs en lice.
Ca mériterait une petite étude sur une centaine de mots clefs pour voir qui est présent et comment. L’idéal serait d’avoir un découpage par thématique. Je ferai ça quand j’aurai le temps.
En passant un post intéressant sur les Microstocks et les revenus mirobolants qu’on peut en tirer.
Désolé pour le captcha. J’ai fait des essais, mais j’y arrive du premier coup. Ceci dit, je te comprend, je m’énerve aussi contre les captcha sur le blog de Cédric (quelques commentaires au dessus).
Excellent article, merci Olivier. Tu parles des champs IPTC, les moteurs de recherche savent-ils les exploiter ou bien il faut les extraire pour générer du contenu texte indexable à proximité des images ?
A ma connaissance, les moteurs ne savent pas extraire les champs IPTC ! Pour les exploiter, il faut choisir un script de galerie qui les extrait automatiquement. Encore faut il qu’il prenne tous les champs intéressants (keywords, caption, etc…). Bref, il faut lire les specs attentivement et tester !
excellente analyse que je vais faire suivre également.
Bonjour
Au niveau des IPTC, j’ai un test en cours depuis 11 mois (une image parfaitement positionnée dans Google Images, sur laquelle j’ai renseigné certains champs IPTC avec des mots inconnus par ailleurs)
Pour le moment ça ne bouge pas de ce côté, mais ça devrait arriver un jour ou l’autre, inévitablement
Non, c’est sûr, les champs iptc ne sont pas lus par les moteurs (je ne vois pas comment ce serait possible…). Mais il suffit de les extraire en légende et mots-clés, c’est simple.
L’importance de renommer les images est aussi à souligner.
Pour le positionnement, c’est sûr que ce n’est pas gagné, mais c’est jouable, si seulement on avait du temps.
Je me suis juste amusé la semaine dernière sur l’association de deux mots-clés dans google : photojournalisme fotolia
Le résultat est assez marrant, ça tombe chez nous direct.
Par contre, pour l’étude sur les mots-clés, Kilroy, je veux bien qu’on s’y mette à deux si tu veux. Mais comme toi, faut juste que je trouve un peu de temps…
Pour le captcha, c’est juste les chiffres noirs qui plantent, je comprends pas pourquoi. Je recopie exctement les même, mais non, ça marche pas. De mon côté, je joue plutôt sur des questions connes du style quelle est la couleur du cheval blanc d’heni IV…
A plus.
)
(Le captcha plante encore, c’est à devenir fou !!! Je suis à 15 essais. Si tu veux, je te filerai un code de captcha plus simple)
Niveau Captcha, c’est vraiment que celui avec les chiffres en noir écrits à la main qui plante. Les autres fonctionnent bien…
J’ai modifié le captcha. Il n’y a plus que des additions et des questions personnalisées.
Pour les champs IPTC, il faudrait effectivement que les moteurs arrivent à les extraire, mais comme il existe des scripts pour le faire, c’est techniquement possible à mon avis. La question c’est : est-ce intéressant ? 99% des photos présentes sur le web n’en ont pas car les softs qui optimisent les fichiers lors de l’enregistrement suppriment toutes les métadonnées.
Question intéressante…
Disons qu’à terme, et sans parler spécifiquement des images, on peut imaginer que les métadonnées des divers types de documents (dont vidéos, sons, textes, etc…) seront lues et interprétées.
Cela pourrait ouvrir un marché intéressant et… voir arriver une nouvelle génération de scripts écrivant les métadonnées à la volée dans les images ^_^
PS : pour la simple recherche "fotolia", je suis assez bien placé (faut dire que c’est un sujet qui m’intéresse, si j’ose dire !!!)
"les moteurs ne lisent pas les images" -> interesssant tout ca